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Il est des bâtiments qui portent en eux quelque chose d’irréductible, une présence, une obstination silencieuse à exister malgré les années, malgré l’oubli, malgré les intempéries. L’orangerie du Château d’Hodebert est de ceux-là. Bâtie dans le style élégant du XVIIIe siècle, adossée au coteau comme si la nature elle-même l’avait portée, elle semblait pourtant condamnée lorsque nous avons posé les yeux sur elle pour la première fois. Rendre vie à un tel lieu ne s’improvise pas : cela demande du temps, de l’obstination, un profond respect du patrimoine et, peut-être avant tout, la conviction que certaines choses méritent d’être sauvées. C’est cette conviction qui a guidé chacune de nos décisions, chaque choix de matériaux, chaque geste de restauration. L’orangerie est aujourd’hui l’un des endroits d’Hodebert qui nous tient le plus à cœur.

Une histoire vieille de deux siècles

L’orangerie du château existe depuis le début du XIXe siècle. Dans ses premières années, elle occupait l’actuel salon de la suite Montmorency, exposé plein sud — un emplacement idéal pour les agrumes, mais rapidement jugé trop étroit.

C’est notre ancêtre Marie-Caroline de Sarcé qui, en 1860, décide de faire construire une nouvelle orangerie. Dans le pur style du XVIIIe siècle, elle prend place à l’emplacement des communs du XVIIe siècle, édifiée avec le soin et l’élégance qui caractérisaient l’architecture de cette époque.

Un sauvetage in extremis

À notre arrivée en 2004, l’orangerie n’était plus que l’ombre d’elle-même. La charpente et la toiture s’étaient effondrées à l’intérieur. Les six fenêtres cintrées et la grande porte d’accès présentaient un état de délabrement avancé. Plus de 200 carreaux étaient cassés. Pendant plus de cinquante ans sans entretien, le bâtiment avait été laissé à l’abandon, si bien que sa démolition avait sérieusement été envisagée.

Nous avons choisi de le sauver.

 

Une restauration menée étape par étape

La restauration a été longue et minutieuse, conduite au fil des années et des opportunités.

Tout a commencé par le remplacement des carreaux, un par un. Puis est venu le tour de la belle balustrade en pierre du toit, soigneusement restaurée. La charpente et la toiture ont ensuite été entièrement refaites à l’identique, en ardoise. Un sol en tommettes anciennes a ensuite été posé, apportant au lieu chaleur et authenticité.

La période du confinement, en 2020, a permis de s’attaquer aux six fenêtres cintrées qui ne s’ouvraient plus, ainsi qu’à la grande porte d’accès. Après quatre-vingts ans sans fonctionner comme orangerie, le bâtiment retrouvait enfin sa vocation première. Aujourd’hui, l’orangerie accueille chaque hiver une vingtaine de bacs à orangers et quatre grands vases d’Anduze. Elle a retrouvé son rôle historique avec une grâce renouvelée.

Un lieu vivant, entre nature et art

L’orangerie a attiré le regard d’une artiste d’exception : Lillia Baudo, l’une des rares maîtres fresquistes en activité en France. Référencée par les Ateliers d’Art de France, elle a œuvré dans des lieux aussi prestigieux que les Thermes de Saujon, un centre d’art en Chine, ou le restaurant Jules Verne au deuxième étage de la Tour Eiffel avant de participer au chantier de restauration de Notre-Dame de Paris.

C’est dans l’orangerie du Château Hodébert qu’elle a choisi de réaliser une fresque représentant un vase d’Anduze et son oranger — sujet on ne peut plus juste pour ce lieu. La technique qu’elle emploie, l’affresco, du latin in fresco, « dans le frais », consiste à peindre les pigments directement sur l’enduit de chaux encore humide, permettant aux couleurs de pénétrer en profondeur dans la matière. Deux réactions chimiques, la carbonatation et la cristallisation, se produisent alors, protégeant durablement l’enduit et la couche picturale. Le geste doit être précis, rapide, sans repentir possible : chaque erreur est définitive. C’est précisément cette exigence qui confère aux fresques alfresco leur lumière si particulière et leur capacité à traverser les siècles.

L’originalité d’un écrin architectural

Ce qui rend l’orangerie du Château d’Hodebert vraiment unique, c’est aussi ce haut mur cintré qui la protège et l’embrasse, épousant le coteau naturel. Plus qu’un simple mur, il est le lien entre l’architecture et le paysage, entre l’œuvre humaine et la nature environnante.

Ivana de la Bouillerie

Propriétaire du Château d’Hodebert en Val de Loire depuis 2004. Restauration, patrimoine et bons plans en Touraine.